samedi 22 octobre 2016

Interview : Nicolas Duplessier, auteur de "Été pourri à Melun Plage"

Dernièrement, je faisais l'agréable découverte d'un roman, "Été pourri à Melun Plage", de Nicolas Duplessier, dont une bonne partie de l'intrigue se déroule à Melun.

J'étais assez curieuse, d'une part grâce à son titre qui a su me faire sourire, et d'autre part en raison du choix de cette ville de Melun.
Je suis née à Melun, j'habite juste à côté de cette ville, j'y ai fait une bonne partie de ma scolarité, et aujourd'hui encore je m'y rends régulièrement.

Bref, j'ai vu cette ville évoluer au fil des années, et la voir être le théâtre d'un roman, noir qui plus est, je n'ai pas longtemps résisté à la tentation.

Merci à Nicolas Duplessier de m'avoir accordé un peu de son temps pour répondre à quelques questions. Ses réponses vous permettront de mieux cerner l'auteur et vous donneront peut-être l'envie de découvrir son roman.



Impossible de ne pas évoquer ce titre accrocheur, "Été pourri à Melun Plage", qui colle parfaitement au roman. D'où t'es venue cette idée ?


Notre rencontre et ta question m’ont donné envie de faire un saut dans le passé et de regarder les premières versions de mon manuscrit, mes premières tentatives d’écriture. Le titre que j’avais en tête, à cette époque lointaine, n’avait rien à voir. L’ambiance n’était pas aussi « pluvieuse » et l’intrigue se déroulait à …. Paris. Super original… Je te parle d’une version du manuscrit en 2007 ou 2008. Je tâtonnais, affûtais mon écriture.

"Quelque chose de pourri
au royaume d'Angleterre",
de Robin Cook
J’ai eu un « déclic » en regardant le film La Clef, dernier volet de la trilogie policière de Guillaume Nicloux. Dans ce film, le personnage central, Guillaume Canet est un petit bourge installé et suffisant, soudain confronté au monde des truands. J’ai eu envie moi aussi de créer un anti-héros se retrouvant mêlé à une histoire qui le dépasse, un type pas vraiment armé pour lutter à armes égales avec un monde inhospitalier. Cela faisait écho aux romans que je lisais. Quand je me suis mis à lire sérieusement, j’ai démarré avec du Patricia Cornwell, du Harlan Coben. Plus tard, j’ai mis un pied dans la Série noire. Pour très vite y plonger à fond et découvrir des auteurs Ellroy, Harry Crews, Jim Thompson, Chandler, Hammett, McBain, Dantec, Cook… Une claque. Une ambiance. Une époque. C’est de là que m’est venu l’amour du noir. En parallèle, je matais des films noirs, des classiques du genre comme Double Indemnity de Billy Wilder ou Laura d’Otto Preminger.
C’est tout ça qui a nourri mon univers.

Pour revenir au titre, il m’est venu après la lecture de  « Quelque chose de pourri au royaume d'Angleterre (A State Of Denmark) » de l’écrivain britannique, Robin Cook, un roman noir bouleversant et traumatisant. Pour toujours l'un de mes livres de chevet. Je conseille vivement la lecture.


"La clef", un film de Guillaume Nicloux (photo © SND)



Loin de moi l’envie de spoiler l’intrigue, mais y a-t-il un passage que tu as particulièrement aimé écrire ?


Non pas un passage en particulier, mais plutôt les dialogues d’une façon générale. Sans hésitation.
J’ai une passion pour le cinéma et, ce n’est pas un scoop, les dialogues y ont une place importante.


La ville de Melun occupe une place importante dans ton roman. Pourquoi ce choix ?


Je parlais des films de Nicloux. Guillaume est originaire de Melun et ses films s’y déroulent bien souvent. Je suis attaché à mes racines Melunaise et Seine-et-marnaise, et l’idée de créer un roman noir dans un lieu que je connais m’a tout de suite apparu excitante et motivante.
Dans le roman et le film noir, l’environnement est composé d'éléments choisis pour leur puissance expressive. Rien n’est laissé au hasard. Dans le film noir, par exemple, Los Angeles apparaît comme une ville nocturne, des entrepôts abandonnés, des quartiers dégradés par les grands ensembles. C’est ce décor qui donne une critique plus virulente. Los Angeles est LA ville du film noir. Le contraste avec le soleil californien et le rêve américain, dont le crime se révèle dès la nuit tombée, a inspiré plus d’un cinéaste et d’un écrivain. J’ai eu envie de jouer avec cette notion de contraste. L’été, mais la pluie, les barres d’HLM et cette proximité avec la forêt de fontainebleau font de Melun un protagoniste essentiel de mon livre et le cadre parfait pour un roman noir.

Melun, ses immeubles (crédit photo : Tej CC BY SA 3.0)



Comment as-tu composé tes personnages ? Ton entourage ou ton vécu t'ont-ils inspiré ?


Plusieurs de mes amis, ayant lu le manuscrit, m’ont reconnu dans certains traits de caractères de Florian.
Florian s'inscrit dans la tradition du héros cynique des polars américains des années 50-60, portant un regard désabusé sur le monde. Je voulais un personnage central sombre, au bord du précipice, qu’il fasse preuve d’imperfections. Surtout, je voulais un personnage plus accessible qu’un serial killer. Je voyais mon anti-héros comme une personnalité complexe, attachante, sensible, vulnérable. C'est d’ailleurs pour cette raison que j'ai opté pour un point de vue interne. Le lecteur s'identifie ainsi au personnage en se mettant à sa place et c'est plus facile pour lui de reconnaître des attitudes justifiées par des failles qui sont à sa portée.


Comment s'est construite l'intrigue de ton roman ? As-tu connu le syndrome de la page blanche ?


Au début de l’écriture, je n’avais qu’une vague idée de l’histoire. Je savais juste qu’une fille devait disparaître, par contre je savais exactement comment je voulais la fin. J’avais des films en tête. 8mm de Schumacher, Les Diaboliques de Clouzot, L'Homme qui voulait savoir de George Sluizer ou encore Breakdown avec Kurt Russell.
J’ai ensuite construit mon livre en ponctuant l’intrigue de tout un tas d’obstacles pour Florian. Je n’ai pas vraiment connu le syndrome de la page blanche car j’ai vraiment écrit en dilettante, quand j’en avais envie.


Jean-Baptiste Lafarge
(photo © Martin Lagardère)

On le ressent à travers ton livre, mais aussi en consultant ton site internet, tu es passionné de cinéma. Si "Été pourri à Melun Plage" devait être adapté sur grand écran, quel acteur verrais-tu incarner Florian ?


Je suis de la génération Vidéo Futur. Chaque week-end je me gavais de VHS et voulais, de façon naïve, travailler dans le cinéma. J’ai toujours rêvé de devenir réalisateur, de créer des films. A la fin des années 90, je passais mes étés dans l'Yonne et retrouvais frères et cousins pour créer des petits films inspirés du cinéma que nous aimions. Des films de karaté, des films d'horreur à la mode slasher.
YouTube n’existait pas encore, l’internet en était à ses balbutiements, nous diffusions sur les rares sites dédié au cinéma amateur et étions tous certains que nos films étaient géniaux.
Pour incarner Florian, je pense à Guillaume Canet, mais il commence à se faire un peu vieux pour le rôle. Si j’étais réalisateur et devais monter un casting je proposerai le rôle à Jean-Baptiste Lafarge (La Crème de la crème)


Comment est née cette envie d'écrire, et pourquoi le roman noir ?


Guillaume Nicloux a dit une fois qu’il s’était tourné vers l’écriture, avant de faire du cinéma, car il voulait raconter des histoires et que cela coûtait moins cher d’écrire un livre que de réaliser un film. (Pas que c’était plus facile) Cela fait écho à ma propre expérience. Dans mon univers noir et pluvieux, de pouvoir, de manipulations, de prostituées, de sexe cru et de drogues en tous genres, j’ai essayé de brosser un portrait du monde d’aujourd’hui. J’aime le Roman noir. C’est pour moi la  forme littéraire et romanesque la plus aboutie. Un outil formidable pour explorer l'éventail des émotions humaines.  


Dans quelles conditions écris-tu ?


Dans le train, casque sur les oreilles pour m’isoler du bruit. Je relis beaucoup
C’est à ce moment que la musique joue un rôle essentiel dans le processus de création.


Te souviens-tu du premier livre que tu as lu ?


Mon premier souvenir de lecture plaisir. « Mon bel oranger » de José Mauro de Vasconcelos. Un petit trésor d'émotions. Je devais avoir 13 ou 14 ans.


As-tu un personnage de fiction préféré ?


Jack Taylor, le détective privé de Ken Bruen ou Matt Scudder, le flic new-yorkais de Lawrence Block.


Un film ou un livre à nous conseiller ?


Sans hésiter les livres de Paul Colize ou encore Elisa Vix.


Après ce premier roman, d'autres projets d'écriture ? Aimerais-tu t'essayer à un autre genre ?


J’ai commencé l’écriture d’un nouveau roman.
Moins noir.
Toujours avec ce côté cinématographique et une intrigue solide. Deux histoires en parallèle, l’une se déroulant en Seine-et-Marne aujourd’hui et l’autre dans le Mexique du début des années 70.
L’écriture vient juste de démarrer.
La route est encore longue.


Pour finir, un dernier mot ?


Merci d’avoir pris le temps de lire mon roman et de m’avoir permis de m’exprimer sur ton blog.
Je ne le connaissais pas et viens de l’ajouter dans ma liste de sites à suivre. 



Quelques liens :

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